Harold Pinter

La collection

Mise en scène

Martine AMSILI

Avec

Bertrand CARADEC
Soraya DAID

Mehdi OUCHFOUN

Guillaume RECHER-BERGEVIN

Scénographie Catherine PARMANTIER Musique

Mardochée Amsili

Sur fond d’homosexualité masculine, le chassé-croisé subtil annihile le vaudeville trop souvent représenté au théâtre. Harold Pinter traite d’une manière singulière le mari, la femme et l’amant, et va plus loin dans ce qui est vrai et incertain, dans ce qui est invisible et détectable. Il s’attaque à des personnages hors du commun et tient la corde raide jusqu’à la fin de l’histoire.

Stella révèle à son époux, James, une aventure avec Bill Lloyd qui se serait produite lors d’un déplacement professionnel. James en fait une obsession et polarise son attention sur cet amant d’une nuit. Il met tout en œuvre pour le rencontrer et le défier.

Mais la relation entre ces deux hommes se développe d’une manière menaçante et déroutante. La conversation devient cynique et trompeuse, Bill déstabilise le mari jaloux tantôt en avouant les faits tantôt en niant tout.

Le conjoint de Bill, Harry, obnubilé par toute cette histoire, se rend chez Stella. Cette dernière lui certifie ne pas connaître Bill, elle parle d’histoire fantastique inventée par son mari. A son retour, Harry surprend les deux hommes. James vient de lancer un couteau à Bill, sa main est blessée ; Harry se présente et se mêle à la conversation d’une manière naturelle et hospitalière. Il rapporte sa conversation et brouille les pistes. Il utilise tous les rouages pour faire comprendre à James que cette aventure est la pure invention d’une femme, de sa femme. Il fait le portrait de Bill en lui racontant sa vie, le vilipende et soutient  les aveux de Stella  . 

La Collection de Harold Pinter

Mise en scène de Martine Amsili
Théâtre Les Déchargeurs
Avec Bertrand Caradec, Soraya Daïd,
Medhi Ouchfoun et Guillaume Recher-Bergevin
la Théâtrothèque

Un thriller psychologique où l’on se demande qui trompe qui. Une pièce majeure de Pinter parfaitement orchestré.

Dans le répertoire du théâtre contemporain, l’œuvre d’Harold Pinter occupe une place à part tant la complexité de son univers met à jour les ressorts inavoués de la psychologie humaine et illustre la cruauté qui se cache derrière les situations de la vie courante.

C’est bien ce dont il est question dans La Collection, pièce qui met aux prises deux couples, l’un conventionnel, l’autre homosexuel, dans l’ambiance élégante et raffinée des années Trente. James, le mari trompé, cherche à rencontrer Bill, l’amant de sa femme Stella mais il tombe d’abord sur Harry, le conjoint de Bill qui soupçonne ce dernier de lui être infidèle. Pendant que James et Bill s’expliquent, Harry va trouver Stella afin d’être éclairci sur les agissements de son ami…

La pièce est un jeu de cache-cache psychologique où chaque personnage s’affronte et tente de découvrir la vérité dissimulée derrière les apparences d’une vie de couple convenue. La mise en scène de Martine Amsili, d’une élégance remarquable et qui a su parfaitement exploiter l’étroitesse du plateau, ainsi que le jeu des comédiens restituent à merveille l’ambiguïté des sentiments et le poids du non-dit toujours si palpable chez Pinter.

L’esthétisme du décor et de la mise en scène donne à la pièce des allures de thriller Hitchcockien où le mystère et la tension sont savamment entretenus jusqu’à la fin. Martine Amsili a bien compris le sens de l’écriture de Pinter où tout est suggéré dans une réalité fictive mais qui laisse au spectateur le choix de répondre aux questions laissées en suspens par l’auteur et de donner libre cours à ses propres interprétations. Un très beau moment de théâtre.

Emmanuel Plé  

Théâtral